SOUVENIRS D'UN PRÉCURSEUR

 

par le Marquis de DION en 1937     

 

 

« Des amis indulgents m'ont souvent présenté comme le père - j'ai même aujourd'hui l'âge d'être le grand-père - de l'automobile. Je suis très honoré de cette paternité supposée, mais je suis obligé de la décliner.

Dès le XVème siècle, dans les écrits de Léonard de Vinci, au XVème, dans ceux de Salomon de Caus, le principe des véhicules automoteurs est indiqué. Plus tard, Denis Papin et Newton en établirent des projets.

Ici même, M. A. Boutaric a rappelé les essais des Français Cugnot, Pecqueur, Dietz et Bollée.

Cet hommage rendu aux ancêtres, qu'on me permette - et on me le permettra d'autant plus facilement qu'on me l'a demandé ! - de dire aux lecteurs du "Monde Illustré" comment  en 1882, je fus amené à m'occuper de l'automobile.

Il y a 55 ans de cela et on ne m'en voudra pas de confesser qu'à cette époque je m'intéressais plus aux plaisirs de mon âge qu'à la construction mécanique.

C'était encore le temps des calèches, des mail-coach, des victorias et des chevaux pur sang.

Un jour, m'occupant d'organiser un bal, avec mon ami le duc de Morny, et voulant acheter des accessoires de cotillon, j'entrai dans la maison Giroux où l'on vendait des jouets scientifiques.

Je fus frappé par une petite machine à vapeur, admirablement exécutée. Je m'informai du constructeur. On me dit qu'elle avait été faite par un artisan de la rue de la Chapelle, M. Bouton, qui, dans un modeste atelier de mécanique, fabriquait avec son beau-frère M. Trépardoux des modèles pour Ducretet et des jouets pour Giroux.

Je filai rue de la Chapelle... et c'est ainsi que commença cette association de Dion-Bouton-Trépardoux qui devait jouer dans l'industrie  automobile un certain rôle et même un rôle certain.

Nous quittâmes la rue de la Chapelle pour le quartier de la Porte Maillot, centre de la vélocipédie, et nous installâmes 22 rue Pergolèse, dans un terrain vague, à proximité des avenues Malakoff et de la Grande-Armée.

C'est de cet atelier que sortit en 1883 notre premier quadricycle à vapeur. L'atelier devenant trop petit, nous partîmes pour Puteaux, rue des Pavillons dans une usine que nous avait loué M. Chaumé de La Barre. Nous y employâmes jusqu'à 20 ouvriers et construisîmes toute la gamme des véhicules à vapeur. 

En 1895, Trépardoux nous quitte. De la rue des Pavillons, passons à la rue Ernest : les commandes affluent, 200 ouvriers. En 1900, installation des grands ateliers du Quai National : 1.300 ouvriers ; en 1906 : 2.500 ; en 1910 : 3.500, et pendant la guerre : 6.000…»

 

C’est avec plusieurs de ces témoignages que nous avons édité en 2006

une brochure de 20 pages pour fêter les 150 ans du marquis

 

 

René VILLE             

Amicale de Dion-Bouton    

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