Joseph JOURNU

pionnier automobile et pilote

à la Belle Epoque

 

Nous tombons souvent sur des résultats de courses à la Belle Epoque où ( comme dans une litanie ), sur des véhicules de Dion-Bouton, apparaissent les noms d'Osmont, Teste, Bardin, Cormier ou Journu et nous nous interrogions sur cette équipe de pilotes au service de la Maison de Puteaux. Nous connaissions déjà le cas de Jules Didier un familier du Comte de Dion, inventeur ( notamment de la jante à talon et du pare-brise ) et qui deviendra beau-père de Charles Lecoeur le futur grand directeur des usines du quai National.

Nous évoquions récemment le cas de l'infortuné bordelais Joseph Journu qui - prenant le volant d'une voiture légère de la course Paris-Madrid en 1903 - devait abandonner près d'Angoulème, alors que l'arrivée de Bordeaux se jugeait devant la demeure familiale des 4 Pavillons à Cenon.

Le hasard voulait qu'Yves Baillot d'Estivaux avec qui nous conversions m'indiquait avoir côtoyé l'un de ses petits-neveux au lycée.

Un contact a ainsi été établi avec la descendance et si nous commencions à mieux le connaître, c'était surtout au travers de photos car les témoignages de famille paraissaient manquer.

Nous avons donc dû rechercher différemment.

Plusieurs fois nous avions trouvé mention de Joseph Journu au guidon de tricycles ou au volant de "populaires". Nous avions alors  le souvenir d'une photo aperçue dans les salons de l'ACSO ( Automobile Club du Sud-Ouest ) à Bordeaux montrant Joseph Journu au sein d'une escouade d'estafettes militaires motorisées sur tricycles de Dion-Bouton.

Une mobilisation générale a donc présidé à une relecture attentive de la presse nationale ou régionale de l'époque pour y recueillir des citations. Nous avons ainsi découvert dans l'Illustration l'origine du cliché vu à Bordeaux et qui aurait été pris par un photographe de Sainte Menehould pendant des manœuvres militaires ayant eu lieu dans les Ardennes du 6 au 18 septembre 1898.

La France Automobile quelque temps auparavant avait confirmé que notre pilote "innova l'emploi des automobiles dans l'armée".

On a par ailleurs trouvé sa trace parmi les membres influents de l'Automobile Club de France et nous pensons qu'il y entra naturellement, lorsqu'en 1895 le Comité de la course Paris-Bordeaux et retour préluda à la création de cette institution. Journu figurera également parmi les fondateurs du futur Automobile Bordelais ( l'ancêtre de l'ACSO ).

De son côté une chronique bordelaise faisait état d'une famille de notables beaujolais venant s'installer à Bordeaux vers 1710. La lignée - réussissant rapidement dans les affaires - connaissait plusieurs anoblissements et un guillotiné, mais fournissait 3 députés d'abord à la Législative, puis à l'Empire et enfin à la République.

Notre Joseph JOURNU sera l'un des treize enfants de ce dernier député en naissant à Lignan-de-Bordeaux ( en Gironde ) le 21 mars 1866 et il aura été l'un des Pionniers de la locomotion automobile en Aquitaine. Sa famille est citée comme la plus motorisée avec au moins 5 véhicules en 1900.

On retrouve mention de Joseph pratiquement dans tous les échos portant sur les multiples courses ou événements mondains qui se sont déroulées en automobile autour de Bordeaux. On commence en 1898 par le Critérium des entraîneurs où il réussit à convaincre les chauffeurs qui devaient précéder les cyclistes de l'ancienne Course Bordeaux-Paris ( c'était avant les Dernys ) de se mesurer entre eux, de Paris à Bordeaux, avant de devancer les "forçats de la route".

Et tous les ans, il en sera à peu près de même jusqu'au Paris-Madrid de 1903 dont le tracé de la première étape ( ainsi que les réceptions prévues à Bordeaux ) paraissent une parfaite réplique des précédentes descentes depuis Versailles. Ironie du sort, nous avons vu que le coureur-organisateur n'arrivera pas à Bordeaux.

Une photo d'époque dénichée dans une bourse d'échange nous présente Joseph Journu posant en juillet 1903 au pesage du Circuit

des Ardennes ( en Belgique ), lequel eut lieu à la Gare de Bastogne. Des revues le mentionnent pendant et à l'arrivée de la course, toujours sur sa monture de Paris-Madrid.

A l'automne de cette même année, il se livre ( au volant de l'une des voitures de Dion-Bouton ) à des "expériences" organisées par l'ACF au bois de Boulogne devant le Conseil municipal de Paris pour montrer que l'automobile était moins dangereuse en ville que le fiacre et le cheval .

Plus tôt on le relate - en 1902 - au départ de Paris en compagnie de Jules Didier pour gagner Vienne avant la "course" et son numéro 42 permettra de l'identifier sur un cliché de famille où il conduit une 6 hp ddb, la première "populaire". Sur d'autres pris à Reims et à Erfurt ( vraisemblablement en 1901, mais pour quels échanges ? ), on le remarque en habit militaire face à des officiers allemands.

Plus tard - en avril 1906 - il sera interviewé par la Vie au Grand Air au retour de la reconnaissance du Circuit Européen que le Marquis de Dion avait imaginé pour remplacer les courses de capitale à capitale maintenant interdites. Une croisière touristique de 5000 km devait conduire entre le 25 juillet et le 15 août ( encore  au départ de Paris ) tout le gotha de la production française à Toulouse, Grenoble, Milan, Vienne, Prague, Breslau, Berlin et Reims.

Engagé volontaire en 1914 à l'âge de 48 ans, il sera affecté à l'armée d'Orient et en revint titulaire de la médaille militaire, décoré de la croix de guerre et de la croix de Karageorgevitch avec glaives d'or.

Il est mort à Bordeaux le 7 août 1929.

L'un de ses neveux - Roland - devint représentant puis directeur de la Verrerie bordelaise, après avoir vécu une carrière sportive flatteuse où, champion international de tennis, il devait battre les meilleures raquettes françaises comme Borotra, Marcel Bernard ou Henri Cochet ( les fameux mousquetaires ).

Voilà ce que nous avons commencé à rassembler sur le pilote bordelais et il nous en reste encore à connaître. Quelle fut sa véritable profession ( on le cite couramment à la Maison Journu négociants ) et comment opérait-il en "chauffeur militaire" ( on a écrit qu'à l'origine, il intervenait "à ses frais") ? Est-ce à l'occasion de périodes, en tant que réserviste ou contractuel ou encore à la prestation pour des constructeurs ? Devint-il par ailleurs un expert courtisé par les constructeurs automobiles et mettant des véhicules à sa disposition, par bonne relation ou pour essais et mises au point ?

Il se partageait entre Bordeaux, Paris et la conduite. L'album familial est riche en automobiles de marques diverses. En dehors d'attaches privilégiées avec le quai national à Puteaux, on nous le présente photographié - toujours un volant entre les mains - sur ce qui ressemble à des Barré, Panhard et Mors, puis en compagnie de Pierre Delaunay-Belleville ( bien sûr en ses véhicules ) ou après 1910, drivant un camion à vapeur Le Purrey-Exshaw à Bordeaux...

En septembre 1901, la Locomotion Automobile relate :

<< Le tsar et la tsarine voulant goûter à l'automobile durant leur séjour, une voiture de 20 hp, 6 places, carrosserie de renom, ayant fait Paris-Berlin en "touristes" est partie de Paris pour se rendre directement à Compiègne. Elle est conduite par Joseph Journu qui s'est fait une spécialité des automobiles militaires ; son mécanicien est en tenue de réserviste.>>

De son côté le journal L'Eclair mentionne, à l'occasion des "manœuvres de l'Ouest", que M. Journu est le chauffeur du général Brugère, après avoir été celui du général Jamont. Le 3 octobre 1901 on précise qu'il transporta le Général André Ministre de la Guerre...

Comme il nous manque encore beaucoup sur ce pionnier - et ces chauffeurs des mauvais chemins d'alors - on voudrait compléter en lançant un appel aux lecteurs, avec la perspective de publier une monographie pouvant servir de support à la commémoration d'un Centenaire de Paris-Madrid en 2003, à Bordeaux ou en Espagne...

 

 

étude réalisée par René VILLE

en collaboration avec Yves Baillot d'Estivaux

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